On pourra mieux distinguer maintenant la création d'une association internationale comme IAACS et celle d'une communaté virtuelle telle que l'hybride IAACS-Internet pourrait faire naître. Pour être plus précis, disons que les hybrides ne sont pas les mêmes - et leurs créations ou leurs effets ne seront pas non plus les mêmes - quand IAACS se développerait avec les “technologies” plus traditionnelles que sont les congrès et les publications- papiers, ou quand elle quant elle progresserait sur et autour d'Internet. Et quand nous disons “créations ou effets” nous pensons à l'essentiel: ce qui définit l'être même de l'hybride; et non pas des effets accessoires. Nous n'avons pas maintenant les moyens de connaître ces effets et encore moins d'en distinguer l'essentiel de l'accessoire. Mais nous pensons pouvoir dégager des tendances, en saisir quelques enjeux et en tirer quelques conséqueces à l'égard desquelles les membres de l'association seront appelés à prendre des décisions, dont les débats et les effets qu'elles produiront pourraient être déterminantes sur le développement d'une communauté virtuelle.
Nous avons, pour assoir notre position concernant la non-neutralité de la technologie, référé plus tôt à la notion de “telic inclinations” d'Ihde (1994) et à ses parentés épistémologiques rencontrées ches Serres[3] Harraway ou Latour . Nous irons un plus loin maintenant en explicitant cinq règles que nous avons dégagées de différentes analyses du mouvement des technologies en général et de l'Open Source en particulier
Toute technologie est porteuse de tendances assez fortes concernant son usage,
ces tendances entrent en relation avec les intérêts que poursuivent les collectifs ayant recours à ces technologies,
cette interrelation est porteuse de tensions créatrices et/ou destructrices des effets anticipés,
les collectifs aux prises avec ces tensions n'en sont pas forcément conscients,
la mise en lumière des ces interrelations et de ces tensions est souvent l'effet inattendu d'une écologie plus générale des collectifs.
Nous avons, afin d'étayer ces règles, choisi comme objet d'analyse le mouvement de l'Open Source. Il y a des raisons théoriques, mais également des motifs politiques derrière ce choix. Et nous aimerions que la théorie viennent éclairer les enjeux politiques à l'égard desquels nos décisions demeurent politiques. Disons enfin qu'il y a une contrainte, voire une nécessité à privilégier l'Open Source comme objet d'analyse: les outils Internet que l'IAACS va utiliser en sont issus; c'est une décision politique que nous ne cherchons pas à justifier, mais que nous souhaitons problématiser afin d'en éclairer les enjeux.
Nous avons donc choisi le mouvement de l'Open Source pour au moins trois raisons.
La première est, disons, de méthode. Notre “objet questionné”, pour parler le langage d'Heidegger, c'est la communauté virtuelle issue de l'hybride IAACS-Internet. Or question de méthode, on ne peut pas questionner l'inconnu, il faut donc un témoin fiable, un hybride qui aurait déjà livré des réponses à nos questions, mais dans un autre contexte. Nous cherchons un “objet interrogé” dont on pense qu'il est assez proche de notre objet questionné pour nous faire avancer dans la question. Nous cherchons donc un hybride composé de colletifs et d'Internet qui aurait déjà créer une ou des communautés virtuelles. Au moins deux analyses de l'Open Source, l'une très connue et largement débattue, et l'autre rigoureuse et très articulée nous ont convaicu que l'Open Source constituait un excellent candidat à “interroger”.
La deuxième est de pratique de lecture. Quelqu'un qui ne connâit pas les débats entourant l'Open Source ne voit pas forcément l'intérêt d'y consacrer une attention toute particulière dans l'analyse du recours à Internet. Ainsi, même si les outils Internet d'IAACS sont issus de l'Open Source, il ne lui apparaît pas plus nécessaire d'analyser l'Open Source que d'analyser les fabriquants de puces électroniques ou les fournisseurs d'accès à Internet. Par contre, quiconque fréquente régulièrement les sites Internet et l'actualité entourant les débats autour de l'Open Source ne peut pas ignorer les contradictions au moins apparentes entre d'une part les logiciels propriétaires et commerciaux et d'autre part l'éducation comme bien public. Or il se trouve que la décision d'utiliser Internet pour le développment de l'IAACS s'est fait par des gens informés de ces débats et actifs dans la promotion de l'Open Source.
La dernière raison est de corpus et d'accessbilité. La quantité, la diversité et la qualité des informations disponibles concernant l'Open source permettent des études rafinées du mouvement, comme le démontre le texte de Tuomi sur le phénomène Linux.
[3] Dans le cas de Michel Serres, il est difficile de donner une seule référence, c'est toute son oeuvre qui témoigne de l'isomorphisme entre toutes les productions de culture-nature. On pourrait d'ailleurs en dire autant des oeuvres d'Harraway et de Latour. On trouvera dans la bibliographie un seul ouvrage de chacun de ces trois auteurs: à titre d'exemple (mais quand même drôlement significatif)!